Lectures

Libres ! Manifeste pour s’affranchir des diktats sexuels #FeminiBooks

10 novembre 2017
libres couverture diglee ovidie

Quand Libres ! est sorti en librairie, je me suis littéralement jetée dessus : j’attendais sa mise en vente avec impatience depuis l’annonce de sa sortie. Pour cause : on me promettait un essai/bande dessinée sur les sexualités, avec les dessins de Diglee (illustratrice que je suis depuis des années) et les mots d’Ovidie (réalisatrice, autrice et ancienne actrice porno). Plutôt prometteur donc !

À noter que ma revue du jour est un peu particulière car elle s’inscrit dans le Femini-Books ! Lancé par la booktubeuse Opalyne, le Femini-Books permet de mettre en avant des romans/essais/bandes dessinés écrit par des femmes et qui traitent de différents aspects du féminisme. Les participations se font à la fois sur YouTube et sur les blogs. Hier sur YouTube “Il était une fois Perseneige” présentait Don Quichotte de Kathy Acker. Sur son blog, “La Tournée de Livres” a décrypté Manifeste de résistance féministe de Marie-Eve Surprenant. Et demain sur sa chaîne, “Duckyourdarling” évoque Scarlett O’Hara, et Les lectures de Sophie parle du livre Les souliers écarlates de Gaël Aymon et Nancy Ribard. Et en même temps que moi aujourd’hui, sur sa chaîne YouTube, Parmi les récits parle femmes et handicap !


– Pour commencer, le livre de 125 pages est divisé en 15 chapitres : vision du corps, menstruations, jeunisme, injonctions sur le physique, bisexualité, poils, sodomie, performances sexuelles… Diglee et Ovidie décryptent beaucoup de sujets sur lesquels on peut se questionner actuellement. La construction des chapitres est vraiment fluide et reprend presque toujours le même schéma : deux dessins de Diglee accompagnent les paroles d’Ovidie et chaque chapitre se clos par une planche de BD illustrant parfaitement le sujet traité. De ce côté, la lecture se fait vraiment facilement et rapidement. Pour ne pas tout lire d’un coup, je me suis forcée à lire un ou deux chapitres avant d’aller me coucher !

– Le terme “manifeste” est vraiment le bon. Car nous ne sommes pas ici dans une analyse “objective” (si tant est que l’objectivité pure puisse exister) des sujets mais dans la vision qu’ont Diglee et Ovidie sur lesdits sujets. Alors attention, elles ne balancent pas des affirmations, comme ça, sans argumentation. Études et chiffres sont aussi cités mais surtout : beaucoup d’expérience et de vécu. Ovidie raconte ce qu’elle connaît : le monde de la pornographie qui est intrinsèquement lié à la plupart des sujets sur les sexualités, pas de doute la dessus. Mais elle ne tombe pas non plus dans le travers du “c’est la faute au porno”. Il y a vraiment une nuance de ce côté-là. Oui le porno a certainement influencé nos pratiques : et vice-versa. Alors oui, je ne partage pas toujours les mêmes avis qu’Ovidie, mais c’est justement cela qui est intéressant. On n’est pas obligé d’être d’accord sur tout, et elle ne nous demande pas non plus d’être d’accord avec elle !

libres ovidie diglee

– Comme je le disais au début, j’adore Diglee ! En premier lieu, je suis vraiment fan de sa façon de dessiner, et ce depuis ses débuts. Son style peut être à la fois fun coloré mais aussi beaucoup plus sombre et terriblement élégant (si vous la suivez sur Instagram) tout en restant très fin et un peu mystique parfois. Mais surtout, j’ai vu Diglee évoluer ces dernières années, du point de vue du féminisme. Et elle le dit elle-même au début du livre : oui, avant elle a pu dessiner des choses qui étaient sexistes. Petit à petit la prise de conscience s’est faite, elle s’est déconstruite et son dessin a évolué avec elle et ça : c’est vraiment chouette ! On le retrouve irrémédiablement dans les dessins de Libres !, bien que son coup de crayon reste inchangé (et heureusement).

À noter : MERCI, vraiment MERCI à Ovidie et Diglee d’avoir rendu leur manifeste aussi inclusif. Déjà, nous ne sommes pas dans un bouquin sur la sexualité hétéronormée. Nous parlons deS sexualitéS. Mais aussi, on ne part pas du principe qu’une femme a un vagin et un homme un pénis. Bref, ça fait du bien de lire de plus en plus de livres qui prennent en compte cela (comme Jack Parker a pu le faire dans Le Grand Mystère des Règles).

– Si tous les chapitres m’ont beaucoup intéressé, il y en a forcément certains que j’ai plus apprécié car ils me parlaient plus :

  • Le Chapitre 2 “Gras Double” parle de nos corps et de nos difficultés à l’accepter. Ici, Ovidie se livre particulièrement et je ne peux (malheureusement) que me reconnaître dans son expérience. Ce corps que j’ai tant de mal à aimer alors que, pourtant, je me trouve plus ou moins dans ce qu’on appelle communément et tristement “la norme”. Mais à se retrouver au quotidien face  à des corps photoshopés et des modèles de beauté inatteignable, on se retrouve alors face au miroir, à voir un corps difforme qui n’existe pas.
  • Le Chapitre 3 “Cachez ce sang que je ne saurais voir” parle… surprise : des règles ! Et si vous avez lu ma chronique sur le livre de Jack Parker, vous savez que le sujet m’intéresse particulièrement. Ici, évidemment, il est question du sexe pendant les règles et du pourquoi du comment ce tabou est bête.

libres ovidie diglee

  • Le Chapitre 10 “Gazon Maudit” ne parle pas de lesbianisme (même si la référence au film avec Josiane Balasko existe certainement) mais de poils ! Et l’injonction à s’épiler et se raser, croyez-moi que je l’ai bien toujours ancré en moi, peu importe ce que je peux lire dessus. Alors forcément, ce chapitre me parle beaucoup !
  • Le Chapitre 11 sobrement intitulé “Dans l’cul, Lulu” concerne la sodomie. J’ai beaucoup aimé ce chapitre car il parle du tabou de la sodomie concernant les hommes hétéro et à quel point elle est perçue comme avilissante donc juste bonne pour les nanas ou les mecs homos, évidemment !
  • Le Chapitre 12 “Tu veux voir ma chatte ?” est très chouette car il parle de la sous-représentation de la vulve sur la place publique. Là ou le phallus est probablement la chose la plus dessinée dans l’espace public, personne ne saurait vraiment dessiner une vulve. Sans parler du nombre de personnes avec un utérus qui, tristement, ne connaissent même pas la leur et n’osent pas s’y intéresser. Pourtant, comme il y a diversité de pénis, il y a diversité de vulves : toutes différentes.
  • Le Chapitre 13 “Le Ciment du couple” parle, je vous le donne dans le mille : de la fellation. Encore un sujet intéressant, notamment sur le “pourquoi cette pratique est soit disant essentielle dans le couple hétéro là ou le cunnilungus serait une option” ? Les injonctions, encore et toujours !
  • Le Chapitre 14, “la moyenne nationale” parle des performances sexuelles et de notre mauvaise manie à vouloir se comparer à n’importe qui. Tester le plus de choses, de positions etc.. De ce côté, j’avoue que : je m’en fous. S’il y a bien une injonction qu’on ne me fera pas avoir, c’est bien celle-là (en plus j’en ai déjà assez comme ça). Je m’en balance pas mal de savoir si je suis un meilleur coup ou pas que le voisin. Je m’en fous pas mal si je ne teste pas telle pratique et si ma vie sexuelle n’est pas aussi intéressante que celle de mon boulanger. À partir du moment ou dans ton couple ou seul(e) tu es bien sexuellement, pourquoi vouloir noter et comparer toutes nos performances ?

S’il aborde des sujets pas toujours fun et nous met face à nos injonctions, Libres ! délivre un message si positif. Comment aurait-on pu en douter puisqu’il nous le dit dès son titre ? Soyez libres et affranchissez-vous de ces foutus diktats. Vivez votre sexualité comme vous l’entendez, appréhendez votre corps comme vous le voulez, faites-en ce que vous en voulez, avec qui vous voulez, quand vous voulez. Un message hautement positif pour un livre à mettre entre toutes les mains.

Si vous avez aimé Libres ! Manifeste contre les dikats sexuels, lisez aussi : 

    Répondre

    Instagram

    Follow Me!