Séries

Broadchurch : un polar en trois actes

20 avril 2017
broadchurch alec ellie

Et voilà, Broadchurch c’est fini. Après trois saisons prenantes, la série dramatique britannique d’ITV quitte le petit écran. Au revoir DI Alec Hardy. Au revoir DS Ellie Miller. Et bon courage Broadchurch, pour se remettre de toutes ces histoires sordides… Si la dernière saison est plus fraîche dans mon esprit, j’avais quand même envie de revenir, une à une, sur chaque saison. Car Broadchurch a réussi à faire ce que peu de séries du genre parviennent à établir : créer un véritable fil rouge parcourant les trois saisons, qui peuvent donc être prises comme un tout.

Synopsis de la première saison : Broadchurch, petite ville côtière paisible, voit sa tranquillité chamboulée à la mort du jeune Danny Latimer. Alec Hardy et Ellie Miller sont chargés d’enquêter sur son meurtre. Et tout le monde devient rapidement suspect…

Cet article contient des spoilers


Première saison : who killed Danny Latimer ?

  • Des falaises immenses et les allées et venues incessantes des vagues. Broadchurch ouvre sa première saison sur la superbe plage de West Bay, dans le comté de Dorset, en Angleterre. Un paysage sublime qui se transforme en cauchemar angoissant pour les habitants de cette petite ville paisible.
  • Ce qui marque dans la série et ce qui marquera durant les trois saisons, c’est la magnifique photographie. La chance a un décor organique qui nous fait prendre une grande bouffée d’air frais. Un air qui se révèle parfois anxiogène… Broadchurch nous fait définitivement voyager.
  • L’histoire du jeune Danny nous tient en haleine durant toute la saison, jusqu’à la révélation finale, que personnellement, je n’avais presque pas vu venir. C’est cruel, c’est violent, mais c’est terriblement bien amené.

broadchurch beth saison 1

  • On découvre aussi toute une galerie de personnage, avec évidemment David Tennant dans le rôle d’Alec Hardy et Olivia Colman en tant qu’Ellie Miller. Deux fortes personnalités, deux personnages attachants même s’ils ne veulent pas être perçus ainsi. La dynamique du duo fonctionne. Pourtant, ils ne sont jamais vraiment proches l’un de l’autre, ce ne sont pas les collègues qui vont boire une bière après le boulot, pour décompresser. Mais on ressent quand même une vraie affection entre les deux, un vrai soutien, même si, encore une fois, ils préfèrent que personne ne s’en rende compte.

Deuxième saison : now what ?

  • Je n’avais aucune idée de ce vers quoi la deuxième saison pouvait nous amener. J’imaginais d’ailleurs une toute autre histoire, complètement déconnectée de la première. Et c’est là que je me suis trompée et que je me suis rendue compte de l’intelligence des scénaristes.
  • C’est très rare, dans des séries policières, de s’intéresser au “et après ?”. Les Criminal Minds, Les Experts et autres NCIS viennent résoudre le crime à la fin de l’épisode, trouvent le coupable : et c’est fini. C’est ainsi que s’achève la première saison de Broadchurch d’ailleurs. Sauf que la deuxième s’ouvre sur : le procès de Joe Miller, qui au final, n’est que le tueur présumé, jusqu’à preuve du contraire.

broadchurch joe miller saison 2

  • Pendant toute cette saison, on suit donc le procès qui je trouve, était vraiment prenant. C’est intense et éprouvant à la fois. On voit comment réagissent les personnages : Les Latimer et les Miller en priorité. Comment la ville est secouée par l’affaire. L’horreur face à Joe qui plaide non coupable et la façon dont il cherche à représenter Danny. Je vous conseille de lire ce chouette article où un avocat démêle le vrai du faux dans la manière dont est représenté le tribunal.
  • Tout ça jusqu’à la révélation finale : Joe Miller est jugé non coupable et ressort libre. Ça non plus, on ne le voit pas tous les quatre matins à la télévision (beaucoup plus dans la vraie vie) et ça fait mal. Broadchurch, toujours cruelle et destructrice.
  • À côté de ça, on a une autre intrigue qui ressort du passé d’Alec Hardy. Une intrigue qui planait sur toute la saison une, pour se révéler dans un second temps. Personnellement, je n’ai pas accroché plus que ça à cette storyline. Peut-être parce que Claire Ripley est jouée par Eve Myles (Torchwood) et que j’ai vraiment du mal avec cette actrice ?

Troisième saison : who raped Trish Winterman ?

  • Depuis quelque temps, je vois les séries parler de viol de manière très juste. C’est le cas de Sweet/Vicious ou 13 Reasons Why par exemple. Le viol n’est plus un motif pour faire avancer un personnage féminin (toujours un coucou à Game of Thrones) mais est traité avec profondeur et en se posant les bonnes questions. Broadchurch y parvient avec brio, d’autant plus que nous sommes ici du côté de la police. Très franchement, il faudrait montrer cette saison aux policiers, afin qu’ils réalisent comment il faut s’occuper d’une personne victime de viol. Miller et Hardy soutiennent Trish dès le début et, élément important : ne remettent en question son viol à aucun moment. Elle n’est jamais culpabilisée ou pointée du doigt pas les deux détectives. Et ça, ça fait du bien. Toutefois, on nous montre aussi que la culpabilisation est tout de même présente, via les “amis” de Trish qui se retournent contre elle. Et on met en exergue les souffrances de la victime (PTSD, paranoïa, insomnie…).

broadchurch trish winterman

  • Par contre, j’ai été très très très agacée par le dénouement de cette affaire. Déjà, je ne sentais rien de bon quand on a commencé à nous parler de “viols en série” et de plusieurs femmes qui se font attaquer la nuit, dans un coin sombre, par un inconnu. Léo Humphries, est bien ce que l’on pourrait appeler un “serial rapist”. Le mec semble totalement déconnecté de la réalité, avec probablement des problèmes psychologiques, même si ce n’est pas évoqué. Pour être clair : c’est tout sauf le profil de la majorité des violeurs, à savoir, une personne que la victime connaît bien (un ami, un membre de sa famille, le conjoint, un collègue etc). Et là, Broadchurch vient alimenter ce “fantasme” de l’inconnu dans une ruelle sombre et c’est non.
  • Pourtant, tous les suspects potentiels avaient un profil bien plus probable : Lucas qui a été rejeté par Trish après un premier rendez-vous, Ed qui était amoureux et obsédé par Trish, l’ex-mari qui la surveille en installant un spyware sur son ordinateur. Mais non, les scénaristes ont voulu nous faire le scénario “choc ultime” avec Léo qui force Michael à violer Trish… Je ne dis pas que c’est un profil qui n’existe pas (l’interrogatoire de Léo serait tiré de véritables affaires de viols traitées par la police britannique), juste que c’est un profil sur-représenté dans les séries policières (du genre Criminal Minds) alors que c’est une minorité des cas recensés dans la réalité.
  • D’autant plus qu’après les confessions des deux coupables, on assiste a cette charmante conversation entre Alec et Ellie à base de #notallmen : “He is not what men are, he’s a aberration.” Ou comment achever de m’énerver.
  • Heureusement, j’ai beaucoup aimé la scène où ils révèlent aux journalistes la série de viols pour tenter de récolter des infos sur de possible témoins. Là, Ellie Miller insiste bien sur le fait qu’il peut s’agir de n’importe qui, “un fils, un mari, un collègue, un ami”…
  • Et en parlant journalisme, je trouve ça franchement dommage de faire un mini-intrigue sur Maggie et le Broadchurch Echo et le développer si peu. Bon, ça peut paraître useless pour beaucoup, mais étant journaliste de presse quotidienne régionale, je me suis sentie très proche du personnage et de ses problèmes. Résister face au sensationalisme actuel, tenter de tenir bon quand la presse écrite se casse la gueule etc… On nous balance ça comme ça pour finalement en parler dans deux épisodes : du gâchis.
  • Sinon, Broadchurch n’a pas oublié la famille Latimer, toujours omniprésente dans le show. C’est le fil rouge des trois saisons, évidemment. On découvre une famille déchirée. Beth arrive bien à reprendre le dessus tandis que Mark sombre totalement. C’est vraiment judicieux de continuer à suivre leur histoire ainsi.
  • Un petit point “fun” dans toute cette tristesse. Le gros scandale de cette troisième saison reste tout de même Alec Hardy qui chauffe sa tasse de thé au micro-onde… Je ne rigole même pas, l’histoire a fait scandale outre-manche : en témoignent ces articles du Daily Mail, The Telegrah, RadioTimes ou encore Independent.

broadchurch landscape


Mais voilà, Broadchurch c’est fini maintenant. C’est triste mais c’est une sage décision de ne pas avoir voulu en faire trop et de nous avoir servi trois saisons d’une grande qualité. On a une série prenante, intelligente, belle et avec des acteurs talentueux, je ne vois pas trop ce qu’on pouvait demander de plus ! Les cris de Miller et Hardy vont définitivement me manquer, mais je risque certainement de revisionner la série rapidement…

Si vous avez aimé Broadchurch : 

Crédit photos : ITV

  • Reply
    Virginie - Avril sur un fil
    1 mai 2017 at 16 h 10 min

    Oh, j’ai hâte de voir la dernière saison, j’ai adoré les 2 premières !

    • Reply
      anahaddict
      1 mai 2017 at 23 h 13 min

      Haha j’espère que tu ne seras pas déçue ! N’hésite pas à repasser par ici pour me donner ton avis ;)

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